03/02/2015

LE ROI LEAR PAR BASTIEN

C'est l'histoire d'une chute, puis d'une autre, qui en entraîne une autre et ainsi de suite jusqu'au dénouement. C'est l'histoire d'une vérité : de la vérité avec un grand V et des mensonges qui mènent à cette chute inexorable. Le Roi Lear commence en nous présentant le personnage éponyme légant ses pouvoirs et ses biens à ses filles et déshéritant la dernière, sa préférée. De là, machinations et mauvais jugements mènent le pauvre roi à la vie de vagabond et à l'esprit de fou. Pourtant, la folie n'est pas là où elle semble être. Cessons-là de présenter l'oeuvre de William Shakespeare qui mérite amplement d'être lue et qui, définitivement, a mérité d'être montée par Hervé Loichemol.


© Marc Vanappelghem
Monter une pièce de cette réputation n'est pas chose aisée, tant l'histoire est connue et les chances que le public ait vu une autre représentation de la pièce sont fortes. Hervé Loichemol s'en sort ici avec un brio incontestable, mêlant effets sonores et visuels avec talent et utilisant le décor pivotant placé au milieu de la scène de manière à rendre l'oeuvre aussi vivante que possible. Le tonnerre mêlé aux bruits du vent malmènent les personnages pris en pleine tempête et l'on se découvre à avoir froid et à craindre le mauvais temps qui s'acharne contre ces pauvres gens.

Je ne trouve objectivement pas de points négatifs à cette adaptation qui fait passer trois heures de pur bonheur scénique. Il me semble là avoir assisté à une représentation digne de l'oeuvre originale. Les dialogues sont parfois cérémonieux avant de virer au naturel le plus déconcertant et le mélange fait des merveilles sur l'interprétation. La représentation de la folie m'a particulièrement frappé, les comédiens arrivant à la fois à paraître fous et éclairés, alors que les fous ne sont pas si fous et que ce sont les gens que l'on dit sensés qui ont sombré il y a bien longtemps dans la folie.

La chute du roi, passant de tout puissant à rien du tout, entraîne avec elle tous les personnages, au point, finalement, que personne ne sort indemne de la résolution qui clôt la pièce. Personne, pas même le spectateur. Un énorme moment de théâtre et une pièce à voir absolument, pour découvrir, redécouvrir et enfin apprécier Shakespeare à la façon Loichemol.

Bastien Lance

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