02/12/2016

L'ADIEU AUX PÈRES

Kafka voulait selon Max Brod titrer ainsi tout son travail d’écriture : « tentative d’évasion hors de la sphère paternelle ». C’est même plus qu’une tentative d’évasion, c’est un adieu : « Là [dans l’activité littéraire], je m’étais effectivement éloigné de toi tout seul sur un bout de chemin, encore que ce fût un peu à la manière du ver qui, le derrière écrasé par un pied, s’aide du devant de son corps pour se dégager et se traîner à l’écart. J’étais en quelque façon hors d’atteinte, je recommençais à respirer. [...] Dans mes livres, il ne s’agissait que de toi, je ne faisais que m’y plaindre de ce dont je ne pouvais me plaindre sur ta poitrine. C’était un adieu que je te disais, un adieu intentionnellement traîné en longueur[1]. »

 © Carole Parodi

28/11/2016

UNE LITTÉRATURE MINEURE

La formule est de Kafka. Elle apparaît sous sa plume pour la première fois dans son Journal[1] à l’entrée « 25 décembre 1911 ». Deleuze et Guattari, dans leur ouvrage Kafka. Pour une littérature mineure (1975), en ont redéfini les trois caractères : 

- Premier caractère. « Une littérature mineure n’est pas celle d’une langue mineure, plutôt celle qu’une minorité fait dans une langue majeure[2]. » Par exemple la littérature juive à Varsovie ou à Prague. Dans une lettre à Max Brod datée de juin 1921, Kafka défi­nit l’impasse qui barre aux Juifs de Prague l’accès à l’écriture, et fait de leur littérature quelque chose d’impossible : « L’impossibilité de ne pas écrire, l’impossibilité d’écrire en allemand, l’impossibilité d’écrire autrement, on pourrait même y ajouter une quatrième impossibilité : l’impossibilité d’écrire (car ce désespoir n’était pas quelque chose qui pouvait s’apaiser par l’écriture, c’était l’ennemi de la vie et de l’écriture). » 

22/11/2016

LETTRE AU PÈRE

Dès ce soir et pour trois semaines, vous pourrez découvrir l'adaptation de Lettre au père, dans une mise en scène de Daniel Wolf avec les comédiens Jean-Aloys Belbachir et Dominique Catton.

© Carole Parodi (photo de répétition)

Le lecteur pris en tenailles:
On est pris entre deux sentiments contradictoires quand on lit la Lettre au père. On se sent tout à fait autorisé à la lire – elle est devenue un « classique » du xxe siècle, elle fait partie de la littérature universelle –, et en même temps pas si autorisé que ça : elle appartient à la sphère privée, elle est destinée au père de Kafka, elle a été publiée à titre posthume contre les dernières volontés de l’auteur par son ami Max Brod. 

18/11/2016

L'IPHIGÉNIE DE GOETHE


Goethe donne un véritable pouvoir au personnage central de l’histoire et ce, grâce aux valeurs humanistes véhiculées par les Lumières. Iphigénie se révèle comme un véritable vecteur de positivité, elle interrompt le sacrifice grâce à une obstination résistante, adoucit un trop dur roi et fait triompher la raison face aux croyances barbares :

« ARKAS (à Iphigénie) :
Qui a égayé la sombre humeur du roi ?
Qui, d’année en année, par une douce persuasion,
A mis fin à la vieille et sanglante coutume
De sacrifier chaque étranger
Sur l’autel de Diane ?
Qui a renvoyé si souvent dans leur patrie
Des prisonniers promis à une mort certaine ?
Diane, loin d’être irritée
Par l’arrêt des vieux sacrifices sanglants,
N’a-t-elle pas généreusement exaucé ta prière ?
La victoire, d’un vol joyeux, ne plane-t-elle pas
Au-dessus de l’armée ?
Et chacun n’a-t-il pas un sort meilleur
Depuis que le rude esprit du Roi
S’est adouci grâce à tes conseils sacrés et presque divins ?
Trouves-tu cela inutile
Quand pour le peuple auquel un dieu t’a apporté,
Tu es la source éternelle d’un bonheur nouveau, 
Quand sur le rivage inhospitalier de la mort
Tu offres à l’étranger vie sauve et retour ? »[1] (Acte I, scène1)

 © Raphaël Arnaud

17/11/2016

IPHIGÉNIE EN TAURIDE


Iphigénie, la fille sacrifiée d’Agamemnon n’a cessé d’interroger les artistes depuis l’antiquité grecque avec un regain d’intérêt marqué au XVIIIe siècle, notamment à travers la pensée des Lumières.

Dans l’Iphigénie de Goethe, au-delà du mythe grec et de la perfection de la forme, il est question de la place des étrangers dans la société, du rôle de la femme dans la communauté, de la pertinence du sacrifice - qu’il soit humain ou simplement moral - ainsi que du besoin de sérénité. « Cette pièce date de l’époque des Lumières et elle est la seule tragédie de l’histoire qui finit bien grâce à l’intelligence d’une femme[1]. » 

© Raphaël Arnaud


[1]Jean-Pierre Vincent, entretien du 22 février 2016 avec Yasmine Lamy sur www.parlonsinfo.fr

11/11/2016

LA BOUCHERIE DE JOB PAR STEPHANIE


Décapitez-les pour un sou !

La Boucherie de Job, c’est l’histoire d’une famille prise dans les carcans d’un système qui la dépassent. Le décor monumental est à l’image de ce système : le personnage s’y promène mais ne le maîtrise pas. La scène se métamorphose d’une boucherie à une maison à un chantier et finit par devenir un non-lieu séparé par de multiples bâches dans lequel les rapports sont obstrués. Le décor devient également allégorie : il se transforme en un tapis-roulant boursier sur lequel l’être est dépouillé dans une course effrénée contre les chiffres.


© Marc Vanappelghem